La crise de la dette et les contrats d'assurances vie

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Par Stéphane van Huffel - le 15/11/2011

Les nouveaux contrats d’assurance vie seront désormais garantis sans obligations grecques, portugaises ou encore irlandaises. Cette promesse a été faite aux adhérents d’une association d’assurés. Alors que la crise Grec se propage et que son sauvetage se fait de plus en plus incertain, les épargnants sont de plus en plus sur la défensive et se demandent si la crise des dettes souveraines en Europe, risque de menacer les contrats d’ assurances vie en euros.

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Les banques directement touchées

Les banques directement touchées ont été rapidement dans l’obligation de dévoiler leur niveau d’exposition aux dettes souveraines de la zone euro. A contrario les compagnies d’assurances, soustraites à cette obligation, sont longtemps restées muettes sur leur implication pourtant, les contrats en jeu pèseraient près de 1 400 milliards d’euros.

« Les assurés ne devraient normalement pas se soucier de la façon dont leur argent fructifie. À la différence des contrats en unités de compte, tous les contrats d'assurance-vie en euros bénéficient d'une promesse très forte de la compagnie d'assurances: une garantie absolue du capital, couvrant non seulement le principal mais l'ensemble des intérêts acquis. »

Cependant, à la vue du contexte, nous pouvons nous poser la question de savoir si les assurances, au même titre que les banques, seront assez solides pour tenir leurs engagements vis à vis de l' argent placé.


L'avis de spécialistes

Selon les spécialistes du secteur, l’exposition à la dette grecque pour les principales compagnies, reste en fin de compte bien faible et représenterait moins d’1% des actifs des compagnies. Même dans le cas d’un scénario catastrophe où la Grèce se trouverait face à une incapacité totale de payer ses dettes, les obligations seraient absorbables facilement par le secteur. Le risque envisagé par les assurances a d’ores et déjà été pris en compte par les compagnies d’assurances cotées, soumises aux normes IFRS qui ont provisionné entre 21 et 47% de décote sur leurs titres grecs.


Les obligations d’Etat ne représentant qu’un tiers des actifs logés dans les fonds d’assurance-vie, l’exposition aux autres pays fragiles de la zone euro, est donc tout aussi limitée.

Un solide coussin d'amortissement

Pour améliorer les rendements des fonds en euros, les compagnies d’assurances s’étaient dotées d’obligations émises par les Etats d’Europe du Sud, mais elles s’en sont peu à peu séparées : « il faut prendre en compte les phénomènes de compensation comptable ».

Grâce à ce phénomène, lorsque la valeur des actifs grecs plongeait, les obligations françaises ou allemandes, quant à elles prenaient de la valeur. Le solide coussin d’amortissement qu’est la provision pour participation aux excédents, est constitué de recettes accumulées durant les années fructueuses permettant alors aux compagnies de servir à leurs assurés, des taux corrects durant les années moins fructueuses.

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Les assurances face aux coûts de la dépréciation

Ainsi, afin d’absorber entièrement le coût de la dépréciation de leurs titres grecs (d’un montant de 353 millions euros), certaines assurances ont ainsi pioché dans cette cagnotte. « Même après cette ponction, les premiers assureurs français disposent encore d’un grasse PPE de 2,7 milliards d’euros. Grâce à ce puissant mécanisme, la chute du CAC 40 lors de l’explosion de la bulle internet, alors que les actions représentaient environ 20% des actifs des assureurs, a eu un impact limité sur le rendement des contrats ».

Cependant toutes les compagnies d’assurances ne sont pas capables d’aborder la dépréciation des titres. La compagnie Groupama, par exemple, semble plus vulnérable que les autres, avec une exposition d’un montant brut de 2 milliards d’euros, ce qui lui a d’ailleurs valu un abaissement de sa note par l’agence de notation Standard & Poor’s.

« Même abaissée, la note de Groupama reste en catégorie dite "d’investissement" . Cela signifie que la compagnie est en mesure de faire face, quoi qu’il arrive, à ses engagements ». Nous l’aurons compris, les assurances sont, en fait, capables d’absorber le choc d’un défaut de payement grec, cependant, seraient-elles en mesure de résister à une propagation de la crise à d’autres pays fragiles comme l’Italie, le Portugal, l’Irlande ou encore l’Espagne ? « L'Italie est, parmi les PIIGS, le pays dont les assureurs français détiennent le plus de titres souverains »

Cette éventualité a cependant été étudiée par l’agence Fitch qui a souligné prudemment que la solvabilité des assureurs serait mise en péril en cas de crise généralisée de la dette.


« Les règles de Solvency, qui régissent les assureurs, n'ont pas prévu la possibilité d'un défaut d'un Etat. L'assureur n'a donc pas l'obligation de mettre en place des fonds propres pour faire face à un risque de crédit sur ses obligations. Un système de freinage correct n'a donc pas été prévu." Néanmoins", nous ne sommes pas encore dans la situation où il faut courir à la banque pour récupérer son argent ».

Cependant, la baisse continuelle des rendements est aussi un autre motif d’inquiétude pour les assurés et le contexte actuel ne laisse pas présager une élévation des taux. « La perspective de rendements inférieurs à 3%, là est la vraie menace ».

À propos de l'auteur

Stéphane van Huffel , Conseiller en gestion de patrimoine associé

Stéphane van Huffel débute sa carrière au sein de la branche d’investissement immobilier d'un grand promoteur français dans les fonctions opérationnelles et commerciales. Il évolue ensuite, toujours au sein du même groupe, vers un poste d'encadrement puis de directeur régional où il est chargé d'animer et d'encadrer cinq cabinets en France. Son expérience confirmée de la fiscalité et de l'immobilier l'amène à créer son propre cabinet : Wast and Van en 2005. Il devient ensuite Directeur Général du Groupe Wast&Van et co-fondateur de netinvestissement.fr.

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