ACTE 10 : Investir dans l’art...est un art !

Par Karl Toussaint du Wast - le 29/01/2014

Madame et Monsieur Henri sont des esthètes...et se présentent comme tels. Ma première rencontre avec eux fait suite à une recommandation de leurs voisins, déjà clients. Ils habitent un très joli hôtel particulier dans Paris, décoré avec goût et sans ostentation.

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Très rapidement, il apparaît dans nos échanges que mon métier et les leviers sur lequel il repose leurs sont totalement étrangers. Clairement, l’argent ne les intéresse pas plus que ça et la course au rendement est un langage qu’ils ne comprennent pas. Leurs investissements? Jamais trop lucratifs, toujours sur une base sociale et altruiste. L’argent est un moyen et non une fin et ils refusent de se sentir esclave de leur patrimoine, surtout si le but unique est le gain.

Quoi de mieux que l'art pour satisfaire ce cahier des charges. Allier le plaisir personnel avec l’utilité culturelle est aujourd’hui leur nouveau cheval de bataille. Cela passe à la fois par du mécénat au travers de l’accompagnement au financement de nouvelles galeries alternatives et par l’acquisition et la revente d’œuvres à protéger d’un marché international trop spéculatif.

Investir avec un objectif de rendement? Hors de question ! Toute l’attention va à l'artiste, sa souffrance et sa lecture de notre société de consommation, qu’il soit en vie ou non.

Je découvre alors leur passion éclectique. Sculpteurs, peintres, classiques ou contemporains, M. et Mme Henri réussissent à marier les styles et les époques. Leurs choix semblent avant tout porter sur leur rapport à l'œuvre et repose peu sur le prix ou la cote de l'artiste. Leur intérêt pour l'art devenant "envahissant", ils sont depuis plusieurs mois suivi par un conseiller spécialisé dans le secteur qui s'occupe pour eux de dénicher des œuvres et des objets susceptibles de leur plaire. Et déjà, l'encours financier engagé par son intermédiaire atteint plus d'une centaine de millier d'euros.

N'ayant que très peu de leviers d'intérêts, je ne rencontre M. et Mme Henri que plusieurs semaines plus tard pour une problématique de courtage bancaire. Surpris par cette relance, je me rends à leur domicile. Je retrouve des clients beaucoup moins enjoués, et je comprends vite pourquoi.

Quelques semaines auparavant, en déplacement professionnel, M. Henri découvre dans un hôtel de province une copie parfaite de la dernière œuvre qu'il a acquis à prix d'or. Il s'agit d'un artiste contemporain spécialisé dans le luminaire. L'œuvre en question est une lampe sculptée sur une base inox de toute beauté. Vue œuvre annoncée et certifiée unique, ce qui expliquait en partie son prix.

De retour à Paris, M. Henri s'empresse d'alerter son intermédiaire qu'il existe un copieur. Quelle gifle! Son conseiller se confond soudain en explications confuses et raccroche en laissant à M. Henri une vague impression de malaise. Il n'aura plus de nouvelles directes de son interlocuteur.

Il ne s'agissait pas de copies mais simplement d'une autre lampe, produite en plusieurs exemplaires, ce qui n'enlève rien à la qualité de l'œuvre et à la sincérité de l'artiste mais qui en réduit mécaniquement la valeur à l'unité. Il ne reste plus qu'à mes clients qu'à intenter une procédure...et ce sur 80% des œuvres acquises sur le conseil du "spécialiste" en questions qui s'avèrent également totalement surévaluée.

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Je quitte des clients dépités, dont une grande partie de l'épargne a tout simplement disparue et qui aujourd'hui sont contraints de revoir leurs priorités de vie à cause d'un escroc mal intentionné. Mais si l'art reste un véhicule de plaisir affectif dont les œuvres n'ont de valeur que celle qu'on est prêt à leur donner, il n'en demeure pas moins qu'il faut s'assurer comme pour toute décision d'investissement d'un nombre minimum de critères de sécurisation et de sérieux propres à toute opération financière. Surtout quand les montants deviennent importants.


À propos de l'auteur

Karl Toussaint du Wast , Conseiller en gestion de patrimoine associé

Karl Toussaint du Wast débute sa carrière professionnelle à New York à l'âge de 20 ans où il fonde sa première entreprise dans la tour 1 du World Trade Center : Une société de distribution de matériel informatique. Le 11 septembre 2001, les attentats du WTC le contraignent à rentrer en France où il se recentre sur sa formation initiale et devient consultant en recrutement dans les métiers de la finance, puis chasseur de têtes dans un grand cabinet parisien. Après de nombreuses missions de recrutement pour le compte de banques, de sociétés de gestion ou de promoteurs immobiliers, il s’associe à Stéphane van Huffel et créé Wast and Van puis Netinvestissement.fr Karl Toussaint du Wast est aujourd’hui Président du Groupe Wast&Van.

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