ACTE 2 : un fonds euro vraiment garanti ??

Par Karl Toussaint du Wast - le 18/09/2013
assurance-vie-feuille

François L. est un homme et un père de famille responsable et surtout prévoyant. Il fait assurer sa voiture ainsi que celle de sa femme auprès du même assureur depuis des années, mais veille à toujours avoir les meilleures conditions, lorsque son contrat arrive à échéance. Bien entendu les deux véhicules sont assurés tous risques et François L. à brillamment su négocier une franchise très basse.

Il en va de même pour leur résidence principale : pas de compromis, François a opté pour la formule la plus complète et surtout la plus sécurisée. Les conditions générales de sa police d’assurance n’ont plus de secret pour lui. Il les a lu, étudié, épluché jusqu’à les connaitre presque mieux que son assureur lui-même.

Originaires de la région lyonnaise, la famille aime bien aller passer quelques jours « à la neige » en hiver pour que leurs chères petites têtes blondes puissent apprécier pleinement les joies de la montagne tout en perfectionnant leur niveau de ski. Mais là encore, François ne veut pas prendre le moindre risque : tout ce petit monde est assuré chez « carré neige » dans la catégorie « ultra prudents à tendance obsessionnels ». Les triplés (oui, François a des triplés) ne sont pas seulement équipés de combinaisons de ski, mais se voient systématiquement affublés d’un kit de protection soigneusement sélectionné et approuvé par François : casque bien sûr, mais également protège-coccyx, épaulières, genouillères. Bref, ces enfants ressemblent davantage à des hockeyeurs qu’à de jeunes skieurs.

Mais c’est certainement en matière de placements et d’épargne que François excelle dans la prudence. Depuis 3 générations, la famille de François est à la BNP. C’est donc tout naturellement qu’il y a ouvert les comptes courants du foyer et qu’il y fait ses « placements ».

Attention, par placements, on entend Livret A et LDD pour toute la famille (bon, certes il n’y a pas grand-chose dessus, mais au moins tout le monde a le sien…). François avait un PEL, mais qu’il a utilisé pour acheter sa résidence principale. Contraint de faire un crédit pendant 5 ans (ils avaient heureusement un gros apport), il n’en a pas dormi pendant tout le temps du prêt. Mais ça y est, le «cauchemar» est enfin derrière eux. Le prêt est terminé. Les voilà propriétaires.

François s’est juré de ne plus jamais s’endetter. Trop risqué pour lui. Du coup il ne veut bien évidemment pas entendre parler de l’intérêt d’emprunter pour acheter de l’immobilier et n’essayez même pas de lui parler de Bourse car il s’énerve instantanément. Le mot « risque » ne fait partie de son vocabulaire.

Lorsque l’on interroge François pour savoir s’il est satisfait de ses « placements » il nous répond tout naturellement : « je sais que ça ne me rapporte pas grand-chose, mais au moins c’est garanti ». En matière d’argent, la notion de garantie est plus qu’importante, elle prédomine tous ses choix, et la garantie est en fait le seul critère que François prenne en compte. C’est d’ailleurs sur ce critère qu’il a décidé d’ouvrir en début d’année trois modestes assurances-vie pour chacun de ses enfants auprès de sa banque… la BNP.

Pour François, la Banque Nationale de Paris est une banque sérieuse et surtout solide. Naturellement ; son banquier a essayé de le convaincre de souscrire au sein de ces assurances-vie à quelques fonds « maison » lui permettant d’espérer… une performance intéressante ; mais en vain. François n’a rien voulu savoir. Il ne voulait que du 100% garanti. Le fonds euro BNP n’est certes pas performant (l’un des moins performant de sa catégorie), mais qu’importe. Il est GA-RAN-TI !

Après avoir réglé les formalités d’usage pour l’ouverture des contrats, François sort de la banque le cœur léger. Il a bien fait. Son argent a été bien placé et est en parfait sécurité dans le gros fonds euro de la BNP. Son banquier le lui a répété maintes et maintes fois : « il n’y a aucun risque Monsieur François, votre argent est garanti ».

choix-gestion

Depuis, François n’y pense plus, sachant son argent bien investi, du moins, bien protégé. Seulement voilà, au cours de leurs dernières vacances, François fit la rencontre d’un actuaire* qui allait, sans le savoir, créer un véritable cataclysme dans l’esprit de François en lui révélant des vérités qu’il ignorait et qu’il croyait pourtant connaitre et maitriser. Une « effroyable » nouvelle allait s’abattre sur la famille de François.

C’est au cours d’un déjeuner au club de vacances ou ils vont régulièrement l’été que François fit la connaissance de Vincent. Vincent est actuaire* pour le compte du Groupe CIC Crédit Mutuel. Les deux hommes se retrouvent à la même table en famille et lorsque François demande à Vincent ce qu’il fait dans la vie, ce dernier lui répond : « je suis actuaire* ».

*Un actuaire est un professionnel spécialiste de l'application du calcul des probabilités et de la statistique aux questions d'assurances, de finance et de prévoyance.

Interloqué, François demande alors des précisions sur cette profession qu’il ne connait pas. Vincent lui explique que son métier consiste entre autres à évaluer l’exposition, et donc le degré de risque auquel est exposé la banque pour laquelle il travaille notamment et en particulier sur les produits d’épargne de type livrets ou fonds euro. Dans son for intérieur, François se dit que Vincent ne doit donc pas avoir beaucoup de travail, étant donné que ces produits ne sont pas du tout risqués.

Mais poussé par sa curiosité, François souhaite poursuivre et approfondir la conversation qui s’est installée entre les deux hommes ; aussi Vincent commence à lui parler des subprimes, et des risques systémiques réels qui existent actuellement pour les banques. Peu à peu, François réalise horrifié, apeuré, et angoissé que son argent qu’il croyait bien à l’abri et protégé est en fait exposé à des risques que même la BNP ne maitriserait pas.

Toutes les banques et institutions financières du monde sont imbriquées directement ou indirectement les unes dans les autres. Elles ont toutes, à un moment donné, pris des participations, racheté des créances, prêté ou emprunté dans d’autres. Leurs actifs sont mêlés, pour le meilleur ou pour le pire.

Mais alors comment serait-t-il possible que le fonds euro de la BNP, celui dans lequel François a placé de l’argent en toute confiance, ne soit en fait pas totalement et entièrement garanti ? Son banquier lui aurait t’il menti ? pour François, cette découverte est bouleversante. François s’était pourtant bien renseigné. Il existe un fond de garanti qui couvre chaque Français à hauteur de 100000 € en cas de faillite de sa banque. Ce fond existe bel et bien, François a vérifié. Mais alors ? Comment est-ce possible ?

coffre-fort-billet

Réalisant que François est captivé par la discussion, Vincent choisi pour étayer ses propos de prendre deux cas très concrets :

Le cas « Bank of America »

A l’échelle américaine, Bank of America serait l’équivalent de la BNP. C’est l’une des plus grandes banques de dépôt et de capitalisation boursière du pays. En Janvier 2009, Bank of America rachète la banque Merrill Lynch. Seulement voilà, cette dernière est bourrée d’actifs dits « toxiques », tant et si bien que Bank of America, le fer de lance de la finance américaine se retrouve au bord du dépôt, ne pouvant liquider ses positions puisque plus personne n’en veut. Les conséquences d’une faillite pour une telle banque serait catastrophiques pour l’économie mondiale.

Le pays ne peut pas laisser se produire un tel désastre, aussi, devant la gravité de la situation, le département du Trésor des Etats Unis décide d’injecter tout de suite 20 milliards de dollars dans la banque, pour « contrôler » l’incendie ; mais surtout le gouvernement fédéral américain décide de garantir les actifs de la banque à hauteur de 118 milliard de dollars. Une somme jamais atteinte. Voilà un risque systémique et si l’Etat américain n’était pas intervenu, des millions d’américains se seraient retrouvées ruinés, dépouillés littéralement de leurs actifs bancaires. Il pourrait donc en être tout autant pour la BNP.

Le risque de faillite d’un état souverain

La plupart des fonds euro classiques (et notamment celui de la BNP) sont composés de dettes d’état. Les banques prêtent aux pays du monde entier. Le risque de prêter à l’Allemagne n’est évidemment pas le même que celui de la Grèce, mais le rendement lui aussi n’est pas le même. S’il est plus risqué de prêter à la Grèce, c’est aussi éminemment plus rentable. Le rôle de l’actuaire est donc de veiller « au juste équilibre ».

Alors qu’adviendrait-il si la Grèce faisait, comme nous l’avons tous craint il y a peu, faillite ? Probablement pas grand-chose pour les livrets A, LDD et autres fonds euro des Français. Les positions sur la dette grecque sont faibles tout comme les montants prêtés. Mais pourrions nous en dire autant si cela arrivait à la France ? Impossible dites-vous ! En êtes-vous si sûrs ?

La dette française représente presque 92% de notre PIB !! rendez-vous compte !! c’est un peu comme si vous, particulier, étiez endetté à 92%. Vous gagnez 100 euro, vous devez en rembourser 92. A ces mots, François manque de tomber de sa chaise, lui qui pendant 5 ans a été endetté à 33% La dette française représente 1900 milliard d’euro ! Alors oui la France arrive à trouver des prêteurs, oui la France est toujours considérée comme un Etat solvable financièrement, mais de vous à moi, rien ne nous le garanti vraiment.

Et dans l’hypothèse où nous ne nous prêterions subitement plus d’argent sur les marchés, l’Etat français se verrait alors instantanément ruiné ; incapable de rembourser ses dettes. Cela entrainerait instantanément l’effondrement des cours de bourse des banques qui verraient mécaniquement la valeur de leurs actifs s’écrouler et votre argent cher François, vos livrets et autres contrats d’assurance-vie « partiraient avec l’eau du bain »…. Cela s’appelle un risque systémique et il existe, que dis-je, ils existent.

Conclusion

Conclusion

Si le risque d’une faillite de nos banques françaises est, il faut le reconnaitre, très faible, croire et se laisser croire que cela est impossible est bien naïf. Le risque est bel et bien réel. Ainsi, nos fonds euro que l’on croit totalement sécurisés, ne le sont en fait pas autant que cela….

À propos de l'auteur

Karl Toussaint du Wast , Conseiller en gestion de patrimoine associé

Karl Toussaint du Wast débute sa carrière professionnelle à New York à l'âge de 20 ans où il fonde sa première entreprise dans la tour 1 du World Trade Center : Une société de distribution de matériel informatique. Le 11 septembre 2001, les attentats du WTC le contraignent à rentrer en France où il se recentre sur sa formation initiale et devient consultant en recrutement dans les métiers de la finance, puis chasseur de têtes dans un grand cabinet parisien. Après de nombreuses missions de recrutement pour le compte de banques, de sociétés de gestion ou de promoteurs immobiliers, il s’associe à Stéphane van Huffel et créé Wast and Van puis Netinvestissement.fr Karl Toussaint du Wast est aujourd’hui Président du Groupe Wast&Van.

Découvrir son profil

Sur le même sujet

Voir tous nos articles

Nos articles les plus lus

Voir tous nos guides