ACTE 9 : l’offre trop « alléchante »

Par Stéphane van Huffel - le 15/01/2014

Bertrand n'est pas fier de raconter sa mésaventure. Surtout qu'il a laissé un " sacré paquet de fric" comme il dit...mais comment résister quand son partenaire de tennis lui a présenté son ami banquier qui avait trouvé une martingale sur les marchés boursiers...12% de l'an...indiscutable.

bourse4

Bien entendu, une telle opportunité ne doit pas être trop ébruitée... il s’agit, d’après l’instigateur du montage d’un placement d'initiés.

Bertrand doit confier son argent à son contact, en liquide ou par chèque. Pas de grosse somme mais il peut investir en plusieurs fois, de façon progressive…par prudence lui dit-on . Son contact va grâce à son réseau de « connaissances internationales » investir les sommes sur des supports financiers hors frontières françaises. Le rendement reposera sur le dynamisme des actifs sélectionnés mais également sur l’absence totale de fiscalité. Une seule contrepartie : récupérer son argent n’est pas possible avant 5 ans et ne pourra se faire que progressivement ensuite sur 36 mois. Rien de bien troublant. Et pourtant…

Lorsque l’un des co-investisseurs de Bertrand décède brutalement, son gendre contrôleur du fisc a découvert ce drôle de placement. En creusant, il soupçonne qu’il se passe quelque chose de louche. Il réclame alors le capital investi. L’affaire éclate au grand jour. Aucune somme n’a jamais quitté le territoire français ni été investie. Le « banquier » possédait en fait plusieurs dizaines de comptes bancaires et changeait régulièrement d’agence pour ne pas éveiller les soupçons. Il versait les 12% de rendement chaque année et comptait multiplier ses futurs clients pour assurer les futures sorties. Il n’en a même pas eu le temps.

Ça fait drôle de voir une partie de ses économies partir dans un tourbillon Ponzi...d’autant plus que Bertrand, manquant de discrétion, en avait parlé à l’un de ses conseillers financiers qui l’avait alerté sur le risque.

On se souvient tous bien évidemment de la sombre affaire « Madoff » dont le scandale avait éclaté fin 2008, révélant au grand jour une escroquerie financière internationale de près de 20 milliards de dollars. Mécanisme simple de « chaine de Ponzi » ou « pyramide de Ponzi » : les intérêts des premiers souscripteurs étaient payés par les nouvelles souscriptions. L’ensemble restait indétectable tant que les marchés n’imposaient pas un taux de liquidité du fond important.

Et pourtant, « à l’époque » même les magnats de la finance plébiscitaient le fond de Bernard Madoff, figure du capitalisme financier américain, alors considéré comme un génie capable de servir des rendements à faire pâlir les fonds d’investissement les plus exposés (10 à 15% de rendement quand les marchés servaient en moyenne 5-7%).

Dans les mois qui suivirent le scandale, tous les professionnels de la place devaient se montrer alors particulièrement vigilants pour présenter des rendements presque délibérément minorés, de peur de se voir accusé de « faire du madoff ».

chute-finance

Mais le temps a passé et la mémoire, du moins des Français, semble avoir été comme effacé comme par magie. La cupidité et la naïveté font parfois faire de très mauvais choix.

« Méfiez-vous des offres trop alléchantes !! » nous dit Bertrand…Il a raison : il est bien entendu possible de réaliser des performances supérieures à 3 ou 4% en plaçant son argent mais n’oubliez jamais qu’il y a en face, nécessairement, une exposition au risque plus importante. Et par-dessus tout, si vous acceptez de prendre ce risque alors vous devez surtout en avoir connaissance. Un placement, quelqu’il soit et quelque soit l’interlocuteur qui vous le propose comporte une partie de risque qu’il vous faut appréhender, comprendre et accepter. Devenez acteur de votre patrimoine !


À propos de l'auteur

Stéphane van Huffel , Conseiller en gestion de patrimoine associé

Stéphane van Huffel débute sa carrière au sein de la branche d’investissement immobilier d'un grand promoteur français dans les fonctions opérationnelles et commerciales. Il évolue ensuite, toujours au sein du même groupe, vers un poste d'encadrement puis de directeur régional où il est chargé d'animer et d'encadrer cinq cabinets en France. Son expérience confirmée de la fiscalité et de l'immobilier l'amène à créer son propre cabinet : Wast and Van en 2005. Il devient ensuite Directeur Général du Groupe Wast&Van et co-fondateur de netinvestissement.fr.

Découvrir son profil

Sur le même sujet

Voir tous nos articles

Nos articles les plus lus

Voir tous nos guides