Est il encore possible de sauver la Grèce ?

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Par Stéphane van Huffel - le 29/09/2011

Washington s’inquiète, Pékin s’empresse de provoquer le déblocage de fonds mais le constat reste bien le même : les dix sept piétinent sur le cas de la Grèce. Crise après crise, nuls n’arrivent à se mettre d’accord sur le problème de fond autant que sur les solutions à appliquer afin que l’état économique du pays n’empire d’avantage.

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« Dominique Strauss-Kahn, lui, détient la solution. "Il faut prendre sa perte", a déclaré le 18 septembre, sur TF 1, l'ex-patron du FMI. Que ne l'a-t-il dit plus tôt, par exemple en 2010, plutôt que de superviser mollement le premier plan d'aide? »

Cette déclaration exprime un avis en totale opposition à celui de la réunion des principaux ministres des finances, quelques jours plus tôt en Pologne. Ceux-ci malgré de longues discussions n’ont pas réussi à se mettre d’accord mise à part pour faire bloc face au secrétaire américain du Trésor, Timothy Geithner.


L’urgence est pourtant bien présente bien que les discussions piétinent car, sans une aide rapide et efficace, Athènes ne pourra plus rémunérer ses fonctionnaires dès le mois d’octobre. Quatre questions se posent :

Si des plans d’aide voient le jour pourront ils être exécutés jusqu’au bout ?

À ce jour ce sont deux plans de sauvegarde, alimentés par le Fonds de stabilité européen, qui ont été mis en place en parallèle.

? Le premier plan a vu le jour en mai 2010, pour une valeur totale de 110 milliards d’euros divisés par tranches de 3 mois chacune, reconduite sous la condition expresse que les engagements économiques aient été respectés. Il est important de souligner que la 6ème tranche de versement, correspondant à une somme de 8 milliards, (celle du 16 Septembre) a été gelée par les ministres de la zone euro, a priori jusqu’en octobre.

? Le second plan date du 21 juillet et concerne la somme de 159 milliards d’euros d’aides, provenant autant de la zone euro, du FMI que des banques elles mêmes. Cependant, les banques n’y participent pas de bonne grâce et malgré le fait qu’elles se résignent à allonger leurs échéances, celles-ci suspendront leur participation aux deux plans si la Grèce n’apporte pas la preuve de ses résultats.


En outre, pour que le second plan puisse s’appliquer, les 17 parlements nationaux doivent le ratifier, or, seule la France s’est exécutée sans histoires, la Slovaquie préfère attendre, la Finlande exige des garanties financières, quant à l’Allemagne, elle ne sait plus où donner de la tête avec la rébellion secouant le camp même de la chancelière.

Une tranche de versement gelée par les ministres : Mauvais respect des clauses de la Grèce ?

Les inspecteurs de l’organisme de contrôle tripartite, envoyés par la FMI, la Banque centrale et l’Union européenne et chargés de vérifier si Athènes suit correctement son programme de redressement, sont repartis bien déçus. À tel point que les versements en faveur de la Grèce se sont interrompus. La lutte contre la corruption et l'économie souterraine est au point mort, et les réformes structurelles piétinent.

« D'après Jean-Claude Juncker, président de l'Eurogroupe, "les Grecs les plus fortunés ne participent pas d'une façon exemplaire au sauvetage de la Grèce", sans compter que les Allemands, entre autres, ne décolèrent pas contre les armateurs que la Constitution exempte toujours d'impôts, dont l'un d'eux, Spiros Latsis, première fortune du pays, est devenu la bête noire de la presse outre-Rhin. »


La clause visant à tirer du programme de privatisation 1,7 milliard d’euros d’ici la fin du mois de septembre, n’a rapporté qu’en fait que 470 millions d’euros. Le ministre des Finance grecque, Evangelos Venizelos a reconnu récemment un trou supplémentaire dans le budget et reconnait que toutes les aides et les plans de redressement lancés jusque là ont péché par excès d’optimisme.

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Les plans, les prêts et les actions menées sont elles vraiment efficace ?

La dette de la Grèce s’élève aujourd’hui à plus de 350 milliards d’euros et celle-ci ne cesse de croître malgré les aides de 110 milliards d’euros en 2010 et de 159 milliards en 2011. Malgré les plans et les multiples efforts de restrictions demandés à la population, Athènes aurait encore besoin de plus (environ 16 milliards d’euros selon les estimations). Cette estimation d’aide supplémentaire ne fait qu’augmenter le sentiment pessimiste de l’inutilité de l’aide accordée. Beaucoup pensent que le pays fonce irrémédiablement droit, vers la faillite.


« Au cours des huit premiers mois de l'année, celle-ci a dépassé de 20 % celle de l'an dernier. Fin 2011, elle pourrait dépasser les 160% du PIB! »


Une dissonance règne entre les ministres. En effet si pour Marie Fekter, la ministre autrichienne des finances, la solution de grossir l’aide paraît être la meilleure, pour Brune Cavalier, le chef économiste, le problème de la crise grecque est considéré, depuis le début, comme un problème de liquidités or celui-ci s’avère, selon lui être avant tout un problème de solvabilité.


Celui l’explique : "En présence d'un pays solvable mais illiquide [c'est-à-dire ayant des difficultés temporaires pour rembourser ou renouveler sa dette arrivant à échéance. NDLR], le principal est de calibrer la durée et le montant de l'aide. Le problème s'atténue avec le temps. Avec un pays insolvable, le temps qui passe aggrave la situation puisque la dette continue de croître. Le préalable est alors de déterminer quelle proportion de la dette doit être restructurée."

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Mais en ce qui concerne la France quel sera l’incidence ?

En 2010, lors du premier plan euro, la France s’est engagée à prêter la somme de 16,8 milliards d’euros à la Grèce dont 11,4 milliards ont déjà été versés à ce jour. Cette somme, il faut bien le rappeler a été empruntée et creuse donc un peu plus le déficit du pays.


C’est pour cette raison notamment, que lors du second plan, l’aide n’est plus sous forme de plan mais sous celles de garanties faites par la France lors des prêts (15 milliards d’euros) accordés par le Fonds Européen de Stabilisation. L’Etat Français reste donc hors de tout endettement, bien que l’hexagone doit tout de même en tenir compte car à chaque prêt de Fonds à la Grèce, la dette publique, via la quote-part de la France dans le fonds, s’accroît.


De manière plus précise, à chaque prêt de la Grèce au Fonds, la dette tricolore devrait donc augmenter de 0,7% de PIB entre 2011 et 2014.

Deux cas de figures sont alors possibles :

? La Grèce se stabilise et se renouvelle, les fonds alors décaissés par la France pour le premier plan seront remboursés (ils pourraient même rapporter 200 millions à la France) et les garanties apportées dans le second plan ne joueront pas.

? Le second cas de figure qui est l’hypothèse la plus extrême mais également la moins crédible, est que la Grèce fait défaut sur la totalité et l’intégralité de ses dettes, la France perdrait alors 31 milliards.

? Il existe cependant une autre option, la plus probable, celle de la restructuration partielle qui aboutirait à une facture de 15 milliards (soit près de 450 euros par foyer fiscal).

À propos de l'auteur

Stéphane van Huffel , Conseiller en gestion de patrimoine

Stéphane van Huffel débute sa carrière au sein de la branche d’investissement immobilier d'un grand promoteur français dans les fonctions opérationnelles et commerciales. Il évolue ensuite, toujours au sein du même groupe, vers un poste d'encadrement puis de directeur régional où il est chargé d'animer et d'encadrer cinq cabinets en France. Son expérience confirmée de la fiscalité et de l'immobilier l'amène à créer son propre cabinet : Wast and Van en 2005. Il devient ensuite Directeur Général du Groupe Wast&Van et co-fondateur de netinvestissement.fr.

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