L'investissement socialement responsable (ISR)

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Par Stéphane van Huffel - Vu 1140 fois

Préambule : qu'est-ce qu'un investissement socialement responsable (ISR) ? [VIDEO]

Qu'est-ce qu'un investissement socialement responsable (ISR) ?

En ces temps troublés pour l'épargnant qui a de plus en plus de mal à s'y retrouver dans la jungle patrimoniale il faut de plus en plus isoler des leviers de création de sens dans nos choix d'investissement.

La fiscalité sur le capital et sur le patrimoine reste un frein, la forte volatilité sur les marchés actions et obligations fait peur et les prix de l'immobilier semblent crever des plafonds de verre. Et le bon vieux fonds euro des contrats d'assurance-vie n'offre plus aucune perspective de rendement.

Certains investisseurs cherchent donc pour prendre leur décision d'autres éléments de comparaison et de motivation. Parmi eux, la notion de responsabilité sociale prend de plus en plus d'importance. Décryptage.

ISR

1. Définition

L’Investissement Socialement Responsable (ISR) est le terme générique qui rassemble l’ensemble des méthodes de gestion financière qui intègre des critères de développement durable en plus des caractéristiques classiques (rendement, risque, dettes etc.).

Depuis 2013, l’AFG (Association Française de la Gestion financière) et le FIR (Forum pour l’Investissement Responsable) ont donné une définition précise : « L’ISR est un placement qui vise à concilier performance économique et impact social et environnemental en finançant les entreprises et les entités publiques qui contribuent au développement durable quel que soit leur secteur d’activité. En influençant la gouvernance et le comportement des acteurs, l’ISR favorise une économie responsable. »

Cette approche, en plein essor depuis le début des années 2000 et ce dans le monde entier reste pour autant encore aujourd’hui plutôt axée sur les investisseurs institutionnels.

2. Historique et méthodologie

L’ISR prend ses racines dans la tradition anglo-saxonne tout d’abord et en particulier dans les milieux religieux qui excluent rapidement un certains nombres de secteurs d’investissement comme l’esclavage, l’activité corsaire, l’alcool ou le tabac.

Le mouvement prend ensuite au 20eme siècle une ampleur autour de l’interdiction de l’armement, de la protection de la nature et plus globalement en faveur de la paix.

L’ISR peut se considérer de différentes façons :

  • Approche par exclusion : c’est la méthode « historique » plutôt anglo-saxonne qui consiste à exclure de sa politique d’investissement toute entreprise axées sur les secteurs considérés comme interdits ou de manière plus normative les entreprises qui ne respectent pas les grandes conventions internationales
  • Approche ESG (Environnement, Social, Gouvernance) : c’est la méthode la plus utilisée en France et qui apparaît de plus en plus comme la norme qui peut donner le « label » ISR. Il s’agit là pour l’investisseur de privilégier les acteurs qui obtiennent les meilleurs résultats en matière de développement durable, d’implication sociale et de gouvernance d’entreprise.
  • Approche thématique : à l’inverse de l’approche par exclusion, la méthode consiste à sélectionner des entreprises engagées dans un thème précis comme les énergies renouvelables, l’eau, la santé etc.

ISR le débat

3. Le débat

Les encours ISR en France représenteraient environ 200 milliards d’euros mais il est difficile d’avoir des chiffres précis, l’ISR n’étant pas réglementé à proprement parlé et ne restant qu’un « label » d’engagement volontaire des acteurs de l’investissement.

En revanche, si les investisseurs institutionnels se sont beaucoup tournés vers l’ISR depuis 15 ans, les particuliers n’ont pas encore pris le pli, et ce malgré une offre de plus de 300 fonds déjà disponible.

Et c’est tout le débat actuel autour de l’ISR. Y-a-t-il un réel avantage à investir dans ce type d’actifs plutôt que dans des fonds « classiques ». De nombreux maison de gestion, particulièrement engagée dans la développement durable, affirment qu’à long terme les prises de positions ISR rapportent plus que les actifs globaux avec une meilleure maîtrise des risques. Cela est concevable et simple à comprendre, en particulier sur les fonds ISR thématique comme l’eau ou les énerrgies renouvelables qui sont des sujets planétaires indiscutables.

Mais les chiffres pour autant ne montrent pas encore clairement de réel avantage en matière de gestion purement financière (rendement, volatilité, liquidité etc.). Cela reste donc encore un choix certes de stratégie financière mais également de convictions. Encore plus pour les particuliers.

4. L'ISI

Une des limites qui apparaît donc dans cette démarche ISR réside dans la normalisation du concept lui-même. Plusieurs acteurs se sont spécialisés dans l’étude et la « validation » de le gestion ESG, en faisant de cette méthodologie la seule approche valable pour faire d’un investissement un ISR. Ceci mettant donc de côté un grand nombre de fonds ou d’actifs gérés qui ont un processus d’investissement ou de gestion différents.

Ce fait de déjà limiter par une normalisation excessive une approche responsable qui va dans le bon sens commun (et ce tout autour de la planète) apparaît comme un frein à un élan positif et réduit le champ du concept.

Car il existe toute sorte de démarche, souvent très personnelle de la part du particulier investisseur, qui pourrait s’intégrer partiellement dans la démarche ISR…

Nous préférons utiliser un néologisme totalement inventé pour rassembler toutes ces prises d’initiatives : l’ISI (Investissement Sociétalement Intégré). Ne perdez pas de temps à faire des recherches, le terme n’existe pas et le label encore moins. L’ISI n’est qu’une tournure d’esprit pour vous faire connaître, à vous épargnants, d’autres leviers de prise de décision que les leviers classiques que vous avez l’habitude de prendre en compte (risque, rendement et fiscalité principalement).

Par exemple, l’investissement dans des bois et forêts ou dans des domaines viticoles ou encore dans des EHPAD (Etablissements d’Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes) ne répondent en rien aux critères ISR et sont portés sur des actifs non financiers. Pour autant, ils s’inscrivent dans des démarches de protections et de préservation de la nature pour l’un, de protection d’un patrimoine et d’un savoir-faire millénaire pour l’autre ou d’amélioration de la fin de vie de nos aînés qui est une priorité nationale depuis des années. Il y aura des contradictions mais c’est à vous que doit appartenir le choix d’intégrer une notion d’utilité à vos investissements ou une notion de morale et d’éthique. Tous les investissements et toutes les classes d’actifs peuvent être sociétalement utile et donc intégrée.

Conclusion

Comme pour chacun des choix que vous ferez en matière de gestion de patrimoine, prenez donc bien le temps de poser à plat vos objectifs, vos attentes et votre projet de vie. L'ISR n'échappe pas aux mêmes leviers de contrôle que n'importe quelle classe d'actif et l'intégration sociale des choix d'investissement ne suffit pas à justifier une insuffisance de transparence, un risque trop important ou un rendement décevant.

Restez acteur de votre patrimoine et choisissez peut être plutôt vous-même l'utilité sociétal es ou la responsabilité sociale que doit prendre le ou les supports que vous choisiriez. Et comme toujours, n'hésitez pas à vous faire accompagner par un professionnel afin d'éviter que votre affectif ne vous empêche de relever les points de contrôle basiques.

À propos de l'auteur

Stéphane van Huffel , Conseiller en gestion de patrimoine

Stéphane van Huffel débute sa carrière au sein de la branche d’investissement immobilier d'un grand promoteur français dans les fonctions opérationnelles et commerciales. Il évolue ensuite, toujours au sein du même groupe, vers un poste d'encadrement puis de directeur régional où il est chargé d'animer et d'encadrer cinq cabinets en France. Son expérience confirmée de la fiscalité et de l'immobilier l'amène à créer son propre cabinet : Wast and Van en 2005. Il devient ensuite Directeur Général du Groupe Wast&Van et co-fondateur de netinvestissement.fr.

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