10 questions à poser pour évaluer un professionnel

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L’article « 10 questions à poser pour évaluer un professionnel » a été rédigé par un professionnel expérimenté en gestion de patrimoine.
Netinvestissement apporte une attention toute particulière à la qualité, l’exactitude et l’objectivité des conseils prodigués.

Par Karl Toussaint du Wast - Vu 9184 fois

Préambule : comment choisir son conseiller en gestion de patrimoine (CGP) ? [VIDEO]

Les critères de sélection d'un conseiller en gestion de patrimoine

Avant de confier votre argent et vos placements à un professionnel, que ce soit un banquier, un assureur ou un conseiller en gestion de patrimoine, il est toujours bon de pouvoir « l’évaluer ». Or, comme le dit très justement l’adage « l’habit ne fait pas le moine », nous vous proposons 10 questions (et leur réponse) pour vous aider à évaluer les connaissances, compétences et niveau d’expertise d’un professionnel avant de vous lancer.

10 questions à poser

Avant-propos : bien évidemment, les réponses que nous apportons à ces questions ne se prévalent certainement pas d’être dogmatiques, mais elles vous donneront non seulement un contenu appuyé, pertinent et argumenté et vous permettront de surcroit d’avoir un élément de comparaison face à la réponse qui pourrait vous être donnée par ailleurs.

Sachez toutefois que tout individu qui se prétend être un professionnel du conseil ou de la gestion patrimonial doit être en mesure de répondre à ces questions sans difficulté.

Question N°1 :
Pensez-vous que cela soit le bon moment de revenir sur le marché actions en France ? OUI / NON / pourquoi ?

Réponse possible
: alors que la CAC 40 a touché un point haut fin 2000 à près de 7000 points, il est actuellement à 3500 points (au moment ou nous rédigeons cet article). Les principales valeurs boursières du marché français, que ce soit les grandes Capi du CAC 40 ou plus largement les valeurs du SBF 120 ont toutes ou presque été fortement décotées déjà. Pourtant nos grandes entreprises française sont parmi les plus solides au monde et souvent des références dans leur secteur d’activité : EADS, L’Oreal, EDF, Total etc… même si nous ne sommes pas en mesure de dire quand précisément l’économie européenne et mondiale repartira, il nous parait tout à fait censé aujourd’hui de se positionner sur des grandes valeurs du marché boursier français.

Question N°2 :
En quoi les taux directeurs européens et l’inflation ont une potentielle influence sur le rendement des fonds euro ?

Réponse possible
: les taux directeurs actuels sont à 0.25% soit leur point le plus bas jamais connu. En parallèle de cela, l’inflation en France ou dans la zone euro reste très faible, notamment en raison de la volonté du président de la BCE de maintenir ce niveau bas. Ces deux critères rentrent directement en ligne de compte dans le rendement des fonds euro.

Autre réponse possible : La récente mise en application des normes Bâle III (pour les banques) et Solvency II (pour les assureurs) qui oblige les établissements à détenir davantage de fonds propres représentent une contrainte financière qui de fait pèse directement sur le rendement des fonds euro.

Autre réponse possible : Enfin, les risques de solvabilité des dettes de pays tels que la Grèce, mis au jour, oblige les assureurs à s’assurer contre ce risque, ce qui là aussi fait peser sur le rendement.

Question N°3 :
Avec la conjoncture actuelle, pensez vous qu’il vaut mieux privilégier des fonds Value ou Stock Picking ?

Réponse possible
: les fonds value n’ont pas la même stratégie de gestion que les fonds qui font du « stock picking ». Il est donc préalablement nécessaire d’expliquer rapidement la différence.

Les fonds values, pour faire simple, misent sur le potentiel de valorisation du sous-jacent dans le temps et privilégient généralement les grandes Capi. Un fonds value aura par exemple actuellement tendance à investir sur des grosses valeurs telles que LVMH, Carrefour, Vivendi, Total, EDF etc

Les fonds « stock picking » ont une approche beaucoup plus opportuniste et spéculative du marché. L’idée est de bénéficier d’effets de bonds ou de rebonds et de saisir à court terme un gain en plus value.

Dans la conjoncture actuelle et l’incohérence dont font preuve actuellement les marchés, nous privilégierions clairement plutôt les fonds « stock picking » plus volatile, mais moins exposés.

Question N°4 :
J’ai entendu parler de CDS, Qu’est-ce que c’est ?

Réponse possible
: Pour nombre de professionnels de la finance, les CDS sont à l’origine de la crise de 2008. CDS signifie Credit Default Swap ; en français, il s’agit d’une couverture mise en place entre un acheteur et un vendeur pour couvrir le risque en cas de défaillance.

Le problème est que le vendeur de ce CDS n’est pas obligé d’avoir effectivement les fonds propres (liquidités) en face pour couvrir le risque qu’il est justement censé couvrir. Produit opaque, non contrôlé, son marché a explosé entre 2004 et 2008 avant la faillite de Lehman Brothers qui sonna le glas de ces outils financiers purement spéculatifs.

Question N°5 :
M. le conseiller / M. le banquier vous voulez me vendre un appartement meublé dans une résidence de services, expliquez moi ce que c’est que l’ARD ?

Réponse
: l’ARD est une mécanique d’amortissement comptable propre à l’acquisition immobilière en meublé et surtout un élément déterminant à connaitre lorsque l’on réalise ce type d’investissement. ARD signifie amortissement réputé différé.

La loi précise en effet que vous avez la possibilité d’amortir l’immobilier acheté sur une période maximum de 30 ans et 7 ans pour le mobilier. Cet amortissement se fait sur les loyers perçus en face. L’objectif étant d’aller « piocher » le montant nécessaire dans cette réserve amortissable pour l’apporter en déduction des loyers et donc les défiscaliser.

Exemple : vous avez acheté un appartement en meublé dans une résidence de services d’une valeur de 100000€. L’opération vous génère 4% de rentabilité locative nette soit un revenu annuel de 4000€.

En théorie ces 4000 € sont imposables. Mais l’ADR vous permet d’aller piocher donc 4000€ dans les 100.000 € de valeur de l’immobilier, de les déduire comptablement des loyers et donc de ramener les loyers imposables à…. Zéro !!

L’excédent non utilisé (en l’occurrence 100000 – 4000 = 96000) sera reporté l’année suivante et ainsi de suite pendant 30 ans maximum.

Question N°6 :
M. le conseiller / M. le banquier vous voulez me vendre un appartement meublé dans une résidence de services, j’ai entendu parler de l’importance des articles 605 et 606. De quoi s’agit-il ?

Réponse
: On retrouve la mention de ces deux articles (605 et 606) dans la plupart des baux commerciaux qui encadrent les investissements dans des résidences de services. L’article 605 concerne les travaux d’entretien courants de la résidence ; le 606 concerne quant à lui les gros travaux de réparation. Il est important de bien savoir qui du bailleur ou du preneur les a à sa charge. Tout ceci étant précisé dans le bail.

Question N°7 :
Dans le cadre de l’opération de déficit foncier que vous me conseillez de faire, puis-je revendre à tout moment ou ai-je une obligation de durée de détention ?

Réponse
: l’article 156-3 du CGI précise que le propriétaire qui a bénéficié d’un déficit foncier ne peut pas vendre dès la fin de son déficit. Il est tenu de garder le bien en positif pendant une durée d’au moins trois ans. Ainsi, si vous optez pour une opération de déficit foncier, oubliez l’idée de « l’achat-revente ».

Question N°8 :
Puis-je intégrer mes intérêts d’emprunts dans le calcul de mon déficit foncier ?

Réponse
: Non, Non et re non !! Cette erreur est pourtant (trop) fréquemment commise par bon nombre de « professionnels ». Il faut distinguer les intérêts d’emprunts d’une part des charges déductibles d’autre part. Les premiers sont déductibles à 100% uniquement dans la limite de revenus fonciers de même nature –et ne peuvent donc pas générer un déficit-. L’ensemble des charges déductibles autres que les intérêts d’emprunt rentrent quant à elles dans le calcul du déficit.

Question N°9 :
J’ai fait un investissement immobilier en Robien (ou Borloo), au bout de combien de temps puis-je le revendre ? (vous pensez sûrement qu’elle est facile celle-là et que la réponse est 9 ans ??...)

Réponse
: eh bien Non !! Je vous renvoie à la réponse à la question 7 qui concerne de fait également les investissements Robien ou Borloo. Vous n’avez pas le droit de revendre au bout de 9 ans. Vous êtes en effet tenu de garder votre bien trois années supplémentaires en bénéfice foncier (Art 156.3 du CGI).

Question N°10 :
Etes-vous directement intéressé au résultat et à la performance de mon produit financier ? Oui / Non ? En quoi pensez-vous que c’est une bonne chose ?

Réponse
: cette dernière question et la réponse que je vous propose, m’est venue en regardant avec étonnement une publicité qui passe actuellement la télévision ou une banque met en avant le fait que leurs « conseillers » ne soient justement pas intéressés sur le produit qu’ils proposent à leurs clients.

Si je disais qu’ils oublient de dire qu’ils ne proposent en revanche à leurs clients QUE les produits de la banque sans savoir si ce sont les meilleurs ou les mieux adaptés de leur catégorie pour le client, on me dirait que je m’égare et que ce n’est pas le propos, alors je ne le dirai pas.

Je n’ai donc pas pour cette dernière question de réponse à vous apporter car il vous appartient de juger ce qui vous semble être le plus censé. Je me contenterai donc de vous donner notre avis. Nous pensons que seul un conseiller intéressé financièrement à la performance du produit sera effectivement impliqué et concerné. Nous pensons par ailleurs qu’il est sain et parfaitement censé que la rémunération de ce même conseiller varie et soit calculée sur la performance qu’il aura générée pour son client car « nous pensons aussi tout simplement qu’un individu qui n’est pas incentivé sur ce qu’il est pour autant censé proposer, ne le fera pas avec conviction ni implication » (NDLR).

Conclusion

Nous espérons que ces 10 questions vous aideront à évaluer le professionnel que vous aurez choisi pour lui confier tout ou partie de vos actifs. Nous mettrons régulièrement de nouvelles questions et réponses autour du même sujet en ligne. PS : Une note de service a circulé en interne avec ces questions et leur réponse, donc si vous vouliez tester nos équipes, vous pouvez toujours essayer.

J'en profite

À propos de l'auteur

Karl Toussaint du Wast , Conseiller en gestion de patrimoine associé

Karl Toussaint du Wast débute sa carrière professionnelle à New York à l'âge de 20 ans où il fonde sa première entreprise dans la tour 1 du World Trade Center : Une société de distribution de matériel informatique. Le 11 septembre 2001, les attentats du WTC le contraignent à rentrer en France où il se recentre sur sa formation initiale et devient consultant en recrutement dans les métiers de la finance, puis chasseur de têtes dans un grand cabinet parisien. Après de nombreuses missions de recrutement pour le compte de banques, de sociétés de gestion ou de promoteurs immobiliers, il s’associe à Stéphane van Huffel et créé Wast and Van puis Netinvestissement.fr Karl Toussaint du Wast est aujourd’hui Président du Groupe Wast&Van.

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