Expert-comptable vs conseiller en gestion de patrimoine : un match en 1 round

Ecrit par : Stéphane van Huffel

Directeur général, conseiller en gestion de patrimoine

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Dans notre activité de conseiller en gestion de patrimoine, nous sommes régulièrement amenés à faire se rencontrer deux univers pourtant bien distincts : la finance et la comptabilité.

Que ce soit pour nos clients chefs d’entreprise ou professions libérales, ou encore pour nos clients « particuliers » qui investissent en loueur meublé, l’intervention d’un expert-comptable est fréquente et créé quelquefois des situations cocasses, comme celle que je vous propose de vous raconter.

En préambule de cette anecdote, il est important de bien comprendre le rôle de l’expert-comptable. L’expert-comptable est payé par son client pour effectuer des travaux déclaratifs de…. comptabilité. Le conseil en optimisation financière ou fiscale ne fait donc pas partie de ses compétences ni de ses attributs. C’est d’ailleurs pour cette raison que de plus en plus d’experts comptables travaillent en collaboration avec des CGP pour leur apporter le complément de services nécessaire.

Cependant, l’expert-comptable, de par la relation commerciale qu’il entretient avec son client, se sent très fréquemment obligé de « justifier » sa présence et/ou ses honoraires en donnant son avis (quand bien même, il ne maitriserait pas le sujet traité) ; ce qui donne parfois ce genre de situation gênante.

En avril 2012, nous sommes donc contactés par un chef d’entreprise qui cherche des solutions pour réduire la pression fiscale de plus en plus lourde qui pèse sur sa PME. Il a bien entendu préalablement demandé « conseil » auprès de son expert-comptable qui s’est contenté de chercher à optimiser tant que faire se peut, les postes de charges, de frais et de dépenses de la société. Mais tout cela est loin d’être suffisant pour le chef d’entreprise qui ne veut plus payer les centaines de milliers d’impôts sur les sociétés.

Après quelques recherches sur Internet il tombe sur notre site et notamment sur un article qui traite du Girardin à l’IS : un montage particulièrement efficace pour les sociétés soumises à l’IS.

C’est l’article 217 undecies du code général des impôts qui prévoit les détails, principes et avantages de cette loi. Loi que nous connaissons bien chez les CGP pour la pratiquer souvent mais qui, il est vrai, est souvent peu ou pas connue des experts-comptables.

Un premier rendez-vous est donc pris avec le chef d’entreprise. C’est l’occasion pour moi de m’assurer de la cohérence d’un projet de ce type pour sa structure de société. Pour lui, l’occasion de vérifier et de valider les éléments qu’il avait déjà commencé à glaner sur notre site. Je lui expose donc la mécanique en détail, notamment la mécanique d’amortissement spécifique à ce dispositif. Les grandes lignes du montage ayant été validées conjointement avec le client, je lui demande donc un rendez-vous avec son expert-comptable afin de m’assurer de sa capacité à prendre le relais sur la partie comptable. Je savais d’expérience que les rendez-vous de ce type avec les comptables étaient toujours sensibles, pour les raisons évoquées en préambule de cette anecdote. Il se trouve que le client a eu la bonne idée, en prenant rendez-vous avec son comptable, de ne pas le prévenir de ma présence.

Aussi, à peine rentré dans le bureau du client, le comptable jette sur moi un regard partagé entre inquiétude et méfiance et, en me tendant une main hésitante me lance : « et vous êtes ? ». A peine ai-je fini de me présenter que je sens déjà que cette réunion va être tendue. Je dois donc faire preuve de diplomatie et de souplesse pour ne pas froisser la légitimité du comptable.

Le chef d’entreprise débute donc l’entretien en expliquant à son comptable la raison de cet entretien notamment et de ma présence en particulier.

- Comme vous le savez M. le comptable, je ne supporte plus de payer autant d’impôts sur la société et en cherchant des solutions, j’ai entendu parler du Girardin à l’IS. M. Toussaint ici présent m’en a donné les détails et explications et je souhaiterais que nous mettions cela en place sans attendre. Qu’en pensez-vous ?

Il va s’en dire qu’une telle introduction ne pouvait être plus favorable au comptable qui, s’en attendre démonte littéralement le projet. Une fois sa diatribe terminée, je lui demande s’il connait les particularités de l’article 217 undecies du CGI, le montant de la réduction d’impôts à laquelle pouvait prétendre l’entreprise, l’impact financier réel pour l’entreprise, les garanties liées à ce type d’investissement et s’il peut me donner son avis. Les quelques secondes qui suivent posent une chape lourde dans l’atmosphère déjà tendue du bureau du client.

Là n’est pas la question !! rétorque le comptable. Ce genre d’investissement est risqué et je ne veux pas faire prendre de risque à mon client. Je suis contre ce genre d’opération.

Tâchant de rester calme, je lui propose donc de lui exposer factuellement les avantages et inconvénients, risques et points forts de ce type de mécanisme en m’attachant scrupuleusement à utiliser un vocabulaire de comptable : adaptabilité oblige. Après un petit quart d’heure de parole, je marque un temps d’arrêt et pose calmement au comptable la question suivante : « à présent Monsieur, qu’en pensez-vous ? ». Je n’oublierai jamais la réponse du comptable qui me regardait médusé, réalisant qu’il venait d’apprendre quelque chose

- C’est vous le fiscaliste. Vous avez l’air de bien connaitre votre métier et effectivement, vu sous cet angle, je pense qu’un tel investissement pourrait avoir du sens.

Je me retournais alors vers le chef d’entreprise sur le visage duquel on pouvait voir un sourire de satisfaction. A la fois rassuré et content d’avoir pu trouver une solution à son problème.

J’expliquais alors au client et à son comptable comment les choses allaient se dérouler à partir de là et finissais même par rappeler au comptable de ne pas oublier un certain nombre d’étapes importantes à respecter pour bien appliquer la loi.

Depuis cette histoire, nous avons fait le choix de systématiquement nous faire accompagner par un expert-comptable partenaire avec lequel nous travaillons en étroite collaboration afin qu’ils puissent tous les deux parler « le même langage » et veiller à ne froisser aucune susceptibilité.

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Crayon auteurÀ propos de l'auteur

Stéphane van Huffel, Directeur général, conseiller en gestion de patrimoine

Stéphane van Huffel débute sa carrière au sein de la branche d’investissement immobilier d'un grand promoteur français dans les fonctions opérationnelles et commerciales. Il évolue ensuite, toujours au sein du même groupe, vers un poste d'encadrement puis de directeur régional où il est chargé d'animer et d'encadrer cinq cabinets en France.

Son expérience confirmée de la fiscalité et de l'immobilier l'amène à créer son propre cabinet : Wast & Van en 2005 puis fonde netinvestissement avec son associé Karl Toussaint du Wast. Il est également co-fondateur du tour de France de l’immobilier et du baromètre des placements. Stéphane intervient régulièrement en tant qu’expert auprès de nombreux média français.

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