ACTE 12 : produits structurés : intox ?

Par Karl Toussaint du Wast - le 12/03/2014

"Ça n'était pas grand chose pour moi c'est vrai" pense Jean-Pierre T. ...mais la vérité c'est que les victimes ont été des milliers.

Pourtant, le produit promettait de belles perspectives de rendements à 6%...sauf si, mais bon, ça n'arrive jamais...en particulier quand on vous explique l'investissement un peu trop naïvement...dérivé ou structuré, peu importe, Jean-Pierre a vu une partie de son pécule partir en fumée.

collaboration

Tout commence par un banal rendez-vous dans son agence bancaire locale. Jean-Pierre est client depuis 17 ans de cette grande enseigne nationale de caisses qui a pour réputation d’être une banque prudente. Il se rend à une invitation de son banquier qui souhaite faire un point sur ses contrats d’assurance-vie. En effet, Jean-Pierre et son épouse ont contracté il y a plusieurs années (il ne sait plus vraiment combien) chacun un contrat d’assurance-vie sur le conseil de leur précédent conseiller bancaire, pour « prendre date ». Ces contrats sont constitués d’un fonds euro de leur banque pour 80% et d’un autre fonds, en action d’après ce qu’il se rappelle, pour 20%.

Après les échanges courants à propos de leur situation et de leur tenue de comptes, le conseiller de Jean-Pierre lui explique tout à coup qu’il a pour lui un produit nouveau, à intégrer dans son contrat d’assurance-vie et qui promet des rendements à moyen terme très alléchants. Ce produit a été créé par la banque et est distribué exclusivement à ses clients…à ses « bons clients » lui est-il même précisé.

Jean-Pierre n’a qu’une question à poser : quel est le risque ? Le banquier part alors dans une explication brouillonne. « Ce produit est construit grâce à l’expertise de la banque et son but est de performer un indice de référence défini au départ, très bas en ce moment, ce qui ne devrait pas poser de problème, et si c’est le cas ça déclenche un cliquet qui vous permet de récupérer entre 6 et 8% et ce dés la première année. Au vu de ce qu’ont fait les précédents produits de ce type vendus par la banque, il n’y a quasiment pas de risque. Vous connaissez notre établissement…et puis, ça n’est pas plus risqué que ce que vous avez déjà dans votre contrat… ».

La somme n’étant pas très importante, Jean-Pierre se dit que son conseiller semble savoir de quoi il parle et accepte l’arbitrage. Son contrat se retrouve alors investi à 50% dans ce nouveau produit.

Mais en effet, de quel genre de produit s’agit-il ? Tout simplement d’un produit structuré ou fonds structuré qui repose sur un principe simple : le gain dépend de l’évolution d’un repère boursier de référence (indice, action, obligation etc.) à la hausse ou à la baisse. Dans le cas de Jean-Pierre, l’indice de référence était l’Euro Stoxx 50 qui regroupe les 50 plus grosses sociétés de la Zone Euro. Le principe repose sur trop niveaux :

  • si à la date du premier anniversaire de l’acquisition du produit cet indice a stagné ou à évolué à la hausse, le contractant récupère son capital augmenté de 6% de rendement. Cela se nomme l’effet-cliquet.
  • si à la date du premier anniversaire de l’acquisition du produit cet indice a baissé sans dépassé les -20%, le contactant obtient une rémunération de 6% mais ne peut récupérer son capital qui reste bloqué.
  • si à la date du premier anniversaire de l’acquisition du produit cet indice a baissé de plus de 20%, le contractant perd alors l’équivalent de la baisse en capital (donc -20% et plus).

Ce mécanisme est « construit » sur une durée maximum déterminée, 6 ans dans le cas de Jean-Pierre. Le risque est donc de voir son capital bloqué et surtout que l’indice se casse la figure et que le contractant perde tout ou partie de son argent.

C’est bien entendu ce qui est arrivé à Jean-Pierre. Ayant souscrit en janvier 2011, il se retrouve en janvier 2012 avec une baisse de plus de 20 %. Son capital a fondu sans qu’il n’ait vraiment compris pourquoi. Son désarroi vient surtout de la naïveté dont il comprend avoir fait preuve et de celle qu’il estime de son conseiller bancaire. D’ailleurs celui-ci n’a pas d’explication plausible à la chute de l’indice. Ce qui prouve bien que lui-même n’était pas totalement au fait du mécanisme de son produit.

chute-finance

Jean-Pierre fait aujourd’hui partie d’un collectif qui a attaqué la banque, non pas sur la base de la perte financière pure mais sur l’absence de devoir de conseil en relation avec son profil de risque. Et la banque risque fort d’être condamnée pour ses pratiques commerciales qui ont coûté beaucoup d’argent à ses petits clients épargnants.

L’investissement en architecture structurée reste un vecteur de belles opportunités mais les sommes engagées doivent rester limitées et l’épargnant doit être totalement informé des risques de ce type de produits. Les perspectives de rendement ne doivent pas aveugler le client et encore moins le conseiller.


À propos de l'auteur

Karl Toussaint du Wast , Conseiller en gestion de patrimoine associé

Karl Toussaint du Wast débute sa carrière professionnelle à New York à l'âge de 20 ans où il fonde sa première entreprise dans la tour 1 du World Trade Center : Une société de distribution de matériel informatique. Le 11 septembre 2001, les attentats du WTC le contraignent à rentrer en France où il se recentre sur sa formation initiale et devient consultant en recrutement dans les métiers de la finance, puis chasseur de têtes dans un grand cabinet parisien. Après de nombreuses missions de recrutement pour le compte de banques, de sociétés de gestion ou de promoteurs immobiliers, il s’associe à Stéphane van Huffel et créé Wast and Van puis Netinvestissement.fr Karl Toussaint du Wast est aujourd’hui Président du Groupe Wast&Van.

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