Perte de notre deuxième AAA

Ecrit par : Stéphane van Huffel

Directeur général, conseiller en gestion de patrimoine, rédacteur chez Netinvestissement

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L’agence de notation Standard & Poors avait déjà dégradé la France en Janvier ; le 19 novembre dernier Moodys (connu pour suivre S&P) embrayait le pas. Cette deuxième perte de notre fameux AAA n’allait pour autant pas entrainer de lourdes conséquences sur les marchés financiers, ces derniers ayant déjà anticipé. Mais au-delà du symbole, pourquoi Moody’s a décidé de sanctionner la France ?

Alors que l’on pourrait craindre les conséquences d’une seconde perte du AAA, le résultat est que les taux directeurs sont restés très bas tout cette année, et malgré un très léger rebond récemment, la France continue malgré tout à emprunter sur les marchés à moins de 2%.

De plus les investisseurs institutionnels sont confrontés au choix de plus en plus restreint de pays qui bénéficient encore de la note AAA. Et au-delà de la note, la France reste encore aux yeux des investisseurs un pays « refuge », une sorte de valeur sûre, malgré tout.

S’il n’y a donc directement pas de conséquence, c’est plutôt du côté du message envoyé par Moody’s et des raisons de la dégradation qu’il faut se tourner. Et sur ce point, l’agence de notation n’épargne pas le gouvernement en poste.

Les « talons d’achille » de la France vus par Moody’s

? 1. compétitivité et innovation

Les entreprises françaises pour Moody’s sont confrontées à un double problème : un niveau trop élevé de charges salariales (notamment et en particulier face à nos amis d’outre Rhin) d’une part, et l’érosion des marges d’autre part. Or, si non seulement aucune réforme profonde n’a été entamée par les gouvernements successifs depuis 10 ans, les récentes décisions d’augmenter encore davantage la fiscalité sur les entreprises et les hauts revenus envoient un message qui va directement à l’encontre de tout effort en faveur de la compétitivité.

? 2. Des prévisions de croissance incohérentes

Dans sa prévision de croissance pour 2013, le gouvernement a trop largement sous estimé le ralentissement économique lié à la détérioration de la conjoncture, accentué par les mesures fiscales qui accroissent ce ralentissement.

Ainsi, les annonces faites de 0.8% de croissance en 2013 et 2% l’année suivante sont pour Moody’s trop optimistes.

Plus grave encore, pour l’agence de notation, le choc budgétaire annoncé par François Hollande de 30 milliards va faire plonger la France en récession alors qu’elle avait jusque là réussie à résister.

? 3. Un marché du travail trop rigide

Alors que le sujet de la flexibilité du travail et de la refonte profonde de notre législation sur le sujet est au cœur du débat actuellement, Moody’s est contrainte de constater que pour l’instant la rigidité du droit du travail est telle qu’elle en devient contre productive et destructrice d’emplois.

En période de crise comme celle que nous traversons, les entreprises font tout pour éviter de recruter compte tenu notamment des nombreuses contraintes imposées par le droit du travail.

Sur ce point, Moody’s rejoint la proposition du Medef de parler de la fameuse « flexi-sécurité », un bon moyen peut être pour débloquer une situation de l’emploi paradoxale quand on sait que des centaines de milliers de postes ne sont pas pourvus en France.

En résumé...

La perte de notre triple A n’aura donc pas eu de conséquences directes pour nos finances, mais elle envoie un message venant d’un œil extérieur à notre gouvernement sur l’urgence et l’importance d’entamer les réformes difficiles mais nécessaires si l’on veut sortir la France du bourbier de la crise.

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A propos de l'auteur

Stéphane van Huffel, Directeur général, conseiller en gestion de patrimoine, rédacteur chez Netinvestissement

Avis des clients de Stéphane :

Stéphane van Huffel débute sa carrière au sein de la branche d’investissement immobilier d'un grand promoteur français dans les fonctions opérationnelles et commerciales. Il évolue ensuite, toujours au sein du même groupe, vers un poste d'encadrement puis de directeur régional où il est chargé d'animer et d'encadrer cinq cabinets en France.

Son expérience confirmée de la fiscalité et de l'immobilier l'amène à créer son propre cabinet : Wast & Van en 2005 puis fonde netinvestissement avec son associé Karl Toussaint du Wast. Il est également co-fondateur du tour de France de l’immobilier et du baromètre des placements. Stéphane intervient régulièrement en tant qu’expert auprès de nombreux média français.

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Le 2022-07-25 15:00:39 par Philippe R.
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